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Les Tops films de coleoptere

556 critiques de films de coleoptere

  • Planes, le 18 Novembre 2013

    Et si les voitures de Cars n'étaient qu'une partie d'un monde où toute la mécanique s'avérerait vivante ? Et si les avions étaient désignés comme Flash McQueen et ses compères ? et si les bateaux, et si les trains, et si, et si... Et si cette bonne idée de vouloir créer un univers cohérent et, quelque part, sans limite, trouvait justement ses limites dans cette même idée ? C'est ce qui restera de Planes, film d'animation au demeurant sympathique, mais qui n'a dramatiquement rien à dire : on suit, sans réel déplaisir mais surtout sans implication, les aventures de cet épandeur qui se voulait plus gros que le bœuf, pardon : plus rapide que l'avion de course.

    La fable est réduite à sa plus simple expression, sa trame est linéaire au possible et ne sortira jamais des ornières que le spectateur habitué aura tôt fait de débusquer, d'autant que pour rester fidèle à son modèle, le scénariste décalque ses effets de manche et passages obligés (notamment le trauma du formateur, Skipper ici, Doc dans CARS). L'animation quant à elle alterne le splendide (les décors sont très réussis, en premier desquels un New York de cartoon, et l’Himalaya, malheureusement sous-exploité, à l'image d'un film qui refuse de s'affronter aux vrais défis) et l'approximatif (les séquences maritimes, indignes d'un studio qui a créé Le Monde de Nemo). Les enfants n'y verront que du feu, et c'est peut-être là le principal, puisqu'ils sont le c?ur de cible exclusif, n'en déplaise à ceux qui avait apprécié le commentaire tendre et nostalgique sur l'Amérique de CARS.

    En l'état, Planes ne trompe pas son public, mais déçoit par son manque d'ambition, sa futilité, son classicisme, qui risquent de peser lourd à long terme face à la rigueur de plus en plus pressante des studios concurrents. Un film avec des avions qui ne décolle pas, ça s'appelle un comble.

  • World War Z, le 25 Octobre 2013

    Marc Forster filme Brad Pitt dans un film de Zombie. Marc Forster, réalisateur d'A l'Ombre de la Haine, filme Brad Pitt, héros chez David Fincher, Steven Soderbergh, Tarantino et Terence Malick, dans un film de zombie. Sur le papier, ça sentait bon le renouveau, après des années de piétinement à peine rehaussées par quelques pépites (L'Armée des Morts, Shaun of the Dead, autant d'arbres qui cachent la forêt), et le zombie étant imperceptiblement devenu une propriété intellectuelle d'Hollywood, un blockbuster mettant en scène une pandémie à l'échelle mondiale s'annonçait excitant, tant que la promesse d'un traitement R (dans la classification américaine) était respectée. Manque de bol, et en fin de compte c'était couru d'avance avec Pitt au générique (producteur exécutif également), le résultat est lisse comme une peau de banane sur laquelle viennent glisser le réalisateur et son équipe.

    Même s'il est difficile d'imaginer un film de zombies sans ses outrances gore historiquement liées à George Romero et remises au goût du jour avec notamment 28 Jours Plus Tard, on pouvait espérer un traitement intelligent qui saurait en faire l'économie, en soulignant par exemple les relations humaines dans un tel contexte de survie chaotique (ce que la série Walking Dead réalise avec une maestria revigorante). Ici, ce n'est que le point de départ et un mince fil conducteur : dans le premier 1/4 d'heure, qui précipite les événements avec un souci de cohérence douteux, Forster tente de nous attacher à cette famille dont on ne voit que le père, Brad Pitt, cheveux blonds mi-longs, ongles manucurés, teint californien, qu'on veut nous faire passer pour un expert de l'ONU. Non, il restera jusqu'au bout LE Brad Pitt, celui des photos Paris-Match/Closer capté sur le vif au bras d'Angelina et de sa clique de mouflets. Pas crédible pour sou, ce que le réalisateur ne cherche pas à corriger au fil d'un scénario qui le transforme tantôt en médecin du monde de fortune, tantôt en James Bond passif capable de survivre seul (ou presque!) à un crash d'avion. Passons à la représentation desdits zombies, tous créés par CGI, des effets spéciaux immondes comme on pensait n'en voir que sur NRJ12 le mercredi soir dans les productions Asylum. Histoire de justifier le Z du titre, voilà comment on appelle ce qui ressemble plus à des "infectés", tels que dans les films sus-cités, mobiles, rapides et motivés par une espèce de rage. Pour les profanes, la différence paraîtra superficielle ; elle révèle au contraire la méconnaissance de leur sujet par les exécutifs, leur volonté d'inscrire leur produit (ce n'est rien d'autre) dans un genre particulier codifié, tout en le rendant exsangue pour plaire à un plus grand nombre.

    Bref, rendre le zombie populaire...Et au lieu de revenir aux sources du mythe tout en le dépoussiérant (pourquoi ne pas avoir convoqué le Vaudou de Tourneur ??), le film balade notre néo-Tintin d'un continent à l'autre, en Corée, en Israël, en Nouvelle-Écosse, pour ne pas faire avancer l'intrigue et proposer des séquences soit-disant spectaculaires (bon allez, elles le sont quand même) tuées dans l'oeuf par des problèmes de cohérence et de logique, encore une fois. Avec un tel titre, enfin, on était en droit d'attendre des vues globales sur l'ampleur de l'infection, et en dehors d'un générique allègrement pompé sur celui de L'Armée des Morts et de quelques plans aériens trop courts et montés à la va-comme-je-te-pousse, on n'aura jamais l'occasion de comprendre que l'on parle de fin du monde. On reste dans ce contexte guerrier initié par un titre mensonger au possible.

    Ah non, sauf sur une chose : World War Z est bien une série...Z.

  • Prisoners, le 23 Octobre 2013

    Pour ceux qui attendaient le meilleur thriller depuis le Silence des Agneaux (comparaison souvent reprise dans la presse), il faudra repasser. Pas que Prisoners ne le soit pas (si on fait l'impasse sur Seven et sur quelques autres d'aussi bonne facture), mais simplement parce qu'il n'est PAS un thriller, comme on peut l'entendre au sens commun, Denis Villeneuve privilégiant l'aspect psychologique de la situation à l'avancée de l'enquête policière.

    D'ailleurs, c'est certainement cela le moteur de l'intrigue, l'absence de progression visible dans les recherches menées par un Jake Gyllenhaal impressionnant de retenue, travaillé par des tics qui font pressentir un lourd passif ; cela qui provoque le déraillement moral du personnage de Hugh Jackman, quant à lui bouleversant dans un rôle de père américain à la limite de la caricature, attaqué jusque dans sa chair au point de se s'abandonner à une animalité froide mais motivée. Deux protagonistes tournés vers un seul but, que tout semble opposer (des confrontations magistrales), mais liés par cette même quête que leur acharnement conduira à des résultats bien différents. Villeneuve ne cherche pas autre chose que de raconter un drame intime, les différentes formes de réaction face à la disparition d'un enfant, et les conséquences tragiques de chacune des décisions prises. Très intelligemment, il noue la résolution de l'affaire par Gyllenhaal au destin de Jackman, les actes du second amenant le premier à réagir autrement qu'il ne l'aurait fait, et précipiter presque fortuitement (et là, on peut y retrouver le canevas du final du Silence des Agneaux) le récit.

    Dommage que le réalisateur passe à côté de son dénouement et sa révélation, explicative, un poil abrupte et presque de trop. En soi, Prisoners tient plus du drame personnel à la The Pledge (d'une puissance qu'on a que trop oublié) que du film policier à suspense qu'on a bien voulu nous vendre. Mais peu importe, le film tient ses promesses, et, au détour d'une peinture sur le monde d'aujourd'hui, brosse avant tout un joli affrontement d'acteurs.

  • Saw 6, le 14 Octobre 2013

    A nouveau film, nouvelle critique ? Bah non, pas pour la saga SAW, qui aligne les suites comme on égraine un chapelet, avec ce même soin précis apporté à la redite. On compte quand même une nouveauté dans cette cinquième suite : le réalisateur, Kevin Greutert, monteur sur la franchise depuis le début. Et qu'apporte-t-il de nouveau ? Rien, absolument rien, tout rouage interchangeable qu'il est au service d'un production design inamovible.

    Au menu, donc : de la barbaque, des acteurs au charisme porcin (ça va, on est raccord !), des lumières hideuses, une mise en scène qui oscille entre hystérie virevoltante et désespérante platitude, des décors recyclés dans un pays que l'on imagine d'Europe de l'Est, dans des hangars slovènes ou ouzbèkes (ah, on me dit que je viens de passer en Asie - au temps pour moi...), et enfin un scénario griffonné sur le coin d'un ticket de métro (si tant est que le métro passe en Slovénie...).

    Les fervents défenseurs de Jigsaw s'enorgueilliront peut-être de la leçon infligée aux victimes (celles du film, celles dans la salle), qui condamne le système de santé américain, ce qui en soi est justifiable, avant de se rendre compte, peut-être un peu tard comme chez La Fontaine, de la portée fascisante d'un tel discours, appuyé par une imagerie haineuse de l'Homme, pour peu qu'il y ait un soupçon de conscience derrière ce magma. C'est pourtant le public, vous,moi, qui en se déplaçant en salle, en achetant le support vidéo, donnons vie à cette morale putride sans y penser, juste pour le plaisir à peine coupable de se repaître de ces corps torturés, de ces éclaboussures de sang, de tripaille, de merde, en se rassurant timidement de la différenciation entre un SAW et un FACE A LA MORT par leur rapport à la fiction, en oubliant surtout notre amour du Cinéma sacrifié sur l'autel du gore à tout prix.

    Ce n'est pas le casting, ce sont les spectateurs que le film transforme en chair à Saw 6...

  • Forrest Gump, le 13 Août 2010

    Il y a vraiment des gens qui méritent d'être connus, des petites gens qui attendent à un arrêt d'autobus mais qui ont serré la main de plusieurs présidents, été champion universitaire, héros de guerre, travailleur émérite devenu millionnaire. Des gens qui ont participé, de près ou de loin, volontairement ou malgré eux, aux grands événements de l'histoire d'un pays. Des gens qui n'existent qu'au cinéma ? probablement. Forrest Gump est de ceux-là : des années 60 au milieu des eighties, ce personnages, sous l'oeil tendre et humaniste de Robert Zemeckis, agit comme un cristal pur à travers lequel la ségrégation, le Vietnam et le Watergate, entre autres, sont revisités. Ou quand la candeur éclaire les maux du monde.

    La pureté brute de Forrest Gump n'a rien de conservatrice, même si le montage alterne des tableaux peints par la photographie poétique de Zemeckis (des images inspirées par le travail d'Hopper, par exemple) dont le personnage est à la fois le sujet, l'acteur et le spectateur, avec en négatif des séquences montrant la déchéance de Jenny, battue, droguée, sentimentalement et sexuellement perdue. Le cinéaste dresse un portrait d'un pays et d'une époque troubles où les notions de libération et libéralisation (à laquelle participe cependant Forrest) marque ses propres limites et excès, sans jamais juger les choix de son héroïne ni les mettre en relation avec l'époque, mais en justifiant un mal-être profond auto-destructeur par une enfance ravagée. La grande Histoire réécrite à l'encre de la petite, où l'éducation droite et le naturel de Gump mettent en lumière les parts d'ombre politique (les Kennedy, Nixon), sociale (la ségrégation, Lennon), et idéologique (la guerre, via le lieutenant Dan) des USA.

    Le mélange entre réalité historique et fable picaresque permet à Zemeckis de traiter de l'influence du hasard et du destin, sans marquer de préférence, plutôt en les fusionnant, laissant à la fois la responsabilité à l'homme de son libre arbitre (incarné par Forrest principalement, le grain de sable dans les rouages huilées de la machine), de ses choix hasardeux (la course gratuite à travers le pays), qui s'inscrivent également dans les grandes lignes d'une volonté supérieure. Ainsi Forrest et Jenny sont immanquablement liés l'un à l'autre, et les déviations qui les sépareront leur permettront in fine de mieux se rapprocher. Zemeckis s'applique à démontrer légèrement que la Destinée n'est pas figée, le sauvetage du lieutenant Dan au champ d'honneur est en cela très révélateur. Entre le motif de la plume voletant au gré du vent et la devise de Forrest (la boîte de chocolat), et celui de la circularité (début identique à la fin, idée de la transmission), au spectateur de choisir, même si aucun choix n''est véritablement possible, l'un étant le pendant inévitable de l'autre.

    Au-delà de ces considérations métaphysiques, Forrest Gump est un modèle de rythme (2H20 qui passe comme une lettre à la Poste hors jour de grève), d'humour (comique de situation, de dialogues, visuel), et d'émotions, le tout servi par un Tom Hanks ahurissant et bouleversant (voir le face à face avec le petit Forrest, une scène écrite par Eric Roth qui la reprendra telle quelle pour Benjamin Button), à qui Robin Wright, toute en fragilité, donne la réplique. Zemeckis apporte son savoir-faire et son goût de l'expérimentation (effets spéciaux troublants quand la fiction intègre les images d'archives) pour livrer une fable humaniste au réalisme certes issu d'un inconscient collectif, mais profondément immersif, au même titre que le choix des chansons, retraçant à leur manière l'histoire américaine.

    Un vrai chef-d'oeuvre qui traverse les âges avec ce même coeur débordant d'humanité.


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