En quelques films,
James Gray a su s'imposer sur la scène du cinéma indépendant américain, bénéficiant généralement d'un casting de premier choix, au premier rang duquel
Joaquin Phoenix, sa tête d'affiche pour La nuit nous appartient et ce Two lovers. Pour ce film, Gray abandonne le polar urbain pour une histoire d'amour complexe (redondance) filmée cependant comme un film noir. Un exercice de style réussi d'un point de vue technique, mais comme souvent, la virtuosité l'emporte sur un fond des plus anecdotiques.
Car Two lovers peut se résumer à sa tagline : un homme déchiré entre deux femmes, une qui l'aime et une qu'il aime, la brune et la blonde. On pense alors à Sueurs froides, là aussi une love story, mais enfouie dans le canevas d'une enquête policière qui s'avère au final superficielle (tout est relatif, évidemment, quand on parle du maître du suspense). Gray fait donc intervenir cette référence au travers de ses scènes majeures, mais l'on serait tenté de dire que Vertigo donne de l'ampleur auxdites séquences, au lieu d'être une valeur ajoutée (voir la séquence sur le toit de l'immeuble). Pour le reste, on passe de rencontre en rencontre, plus ou moins porteuse de sens au sein d'un film qui fait du détail son fer de lance, au risque de perdre en route son spectateur.
Two lovers est en fait un film de personnages, où l'important n'est pas dans le déroulement d'une intrigue quelconque (en l'occurrence avec qui ira Phoenix ?), mais dans la description minutieuse (caméra à l'épaule en plan serré) de caractères écrits par Gray d'une manière toute particulière : ces amants sont constamment infantilisés, d'un
Joaquin Phoenix en proie à une mère castratrice, à une
Gwyneth Paltrow riant comme une élève de troisième, en passant par une vinessa Shaw draguant comme une collégienne. Tous sont comme des âmes 'pures' prisonnières d'un corps qui ne leur correspond pas (d'où peut-être ce mal-être existentialiste qui les ronge), et sont incarnées avec une densité et une justesse rare par le trio d'acteurs.
Mais voilà, rien n'y fait : malgré une mise en scène irréprochable, malgré une musique douceureuse et entêtante, malgré une interprétation, certes décalée, mais sans faille, l'ennui s'installe jusqu'à un final où perce à la fois une certaine intensité dramatique et la frustration de ne la ressentir que dans ces 10 dernières minutes. Two lovers possède cependant trop de qualités pour être un mauvais film, un jour peut-être me révélera-t-il ses charmes dont tout le monde est tombé amoureux.
Je dois dire que ce film mérite amplement les critiques élogieuses que j'ai pu lire dans la presse. Joachim Phoenix est à mon avis l'un des seuls acteurs de sa génération à pouvoir incarner le röle de Léonard, sans artifice ni glamour outrancier (cela mérite un oscar). Dans son humanité et donc ses maladresses, cet anti héros est entouré de deux actrices exceptionnelles. Mélancolique et aérien, enfin un vrai film qui dissèque la naissance de l'état amoureux entre la passion et la raison, sans tomber dans la mièvrerie. On est ému, troublé et on surprend à y penser encorebien après le film.