Film |
Vidéos |
Critiques |
Casting |
Séances |
DVD |
VOD |
Affiches |
Wallpapers |
Photos |
Jaquettes |
A propos |
Jazira est la fille d’un couple séparé formé d’une américaine blonde stéréotypée (Maria Bello qui manque cruellement de sobriété dans son jeu) et d’un libanais (Peter Macdissi à l’improbable moustache très Saddam Hussain) à la fois campé sur des traditions du Moyen Orient pour l’éducation de sa fille et très soucieux de son intégration totale à la société américaine.
Dès sa scène d’ouverture, Towelhead annonce la couleur : pas de tabous, pas de limites, le tout toujours au service de l’histoire. Jazira, 13 ans (Summer Bishil, lumineuse dans ce rôle, en avait en réalité 18 lors du tournage) est surprise par sa mère en train de se raser le pubis suite à des commentaires désobligeants de ses camarades de classe. Inconsciemment, la mère considère alors sa fille comme une rivale potentielle, une menace à sa propre féminité. Elle décide donc de l’éloigner en l’envoyant à Houston chez son père, un homme rigide et strict (qui lui interdit notamment les tampons hygiéniques, ce qui donnera deux scènes d’anthologie d’une incorrection réjouissante) et qui ne sait pas gérer cette ado espiègle en laquelle sommeille une Lolita qui s’ignore. Lolita qui va découvrir le plaisir solitaire à travers des playmates sur papier glacé et éveiller la concupiscence de son voisin, réserviste patriote joué par un Aaron Eckhart subtil dans ce rôle de pervers aussi salop que paumé et presque attendrissant.

Alan Ball a adapté le roman « La petite Arabe » et s’est lui-même chargé de réaliser le film. Le projet, par son aspect très dérangeant, a d’ailleurs mis beaucoup de temps à voir le jour. Dans l’Amérique puritaine et hypocrite, parler aussi librement de la sexualité d’une adolescente de seulement 13 ans était tout simplement inconcevable. Heureusement qu’ Alan Ball a eu le courage de produire lui-même son film, il aurait été dommage d’être privé de ce petit bijou d’ironie, de cruauté et d’espoir. Car Jazira, même si elle est une victime, ne sera pas traumatisée par ces expériences douloureuses, elle en sortira plus forte, plus femme, plus libre.
Pour un coup d’essai, Alan Ball réussit un coup de maître. D’un sujet sensible, il tire un film sans complexe, drôle et lumineux. Respect !
Emmanuel Pujol