Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Stree..., les critiques

 

Les critiques spectateurs

 
Critique : Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Stree... - par coleoptere  le   - Note 4
Sous les apparences, la carrière de Tim Burton est un modèle de chaos : après avoir commencé par une comédie con-con (Pee Wee), Burton enchaîne les productions spectaculaires (Beetlejuice, Batman) avec des projets plus confidentiels (Edward aux mains d'argent, Ed Wood), la forme et le discours étant sensiblement le même à chaque métrage.
Avec Mars attacks, une rupture se crée, le film délaisse l'univers sombre, poético-gothique, pour exploiter sur le ton du cynisme une foule de personnages, là où Burton a toujours préférer se concentrer sur un personnage central. Quant à Sleepy Hollow, s'il ferme la parenthèse pour revenir aux ambiances macabres, l'impression que son auteur tourne en rond s'insinue dans l'esprit du spectateur : le style est là, mais le systématisme guete, et pour la première fois, le réalisateur aux cheveux hirsutes déçoit. Cela dit, ces deux films restent de beaux succès (du moins en Europe).
Puis vient la "honte" de sa filmographie : La Planète des Singes, conspués par les fans, incompris et/ou incompréhensible, tant le résultat ne correspond peu ou prou à la personnalité du metteur en scène. On le dit fini.
C'était sans compter une paternité qui lui inspire le magnifique Big Fish qui ouvre un nouveau c ycle, plus lumineux, tourné vers des valeurs familiales inédites. Malgré tout, la critique spécialisée gronde, ce que ne calmera pas Charlie et la chocolaterie qui, bien que portant sa patte inimitable, se trouve pointé du doigt à cause du renversement du discours de Burton de ses première oeuvres : la monstruosité, jusqu'ici constamment défendue, s'avère un châtiment, une source d'humiliation pour c eux qui en sont touchés. Remis en question par certains, Big Fish et Charlie forment le fondement d'une pensée en mutation qu'il serait dommage de négliger.
Tout le pense pense (re)trouver son compte quand, la même année, sort son film d'animation, 10 ans après L'étrange Noel de M. Jack, tourné dans les mêmes conditions. Las, ces Noces Funèbres semblent à nouveau sonner le glas d'un artiste retombant dans ses travers initiés sur Le cavalier sans tête : le schématisme est de rigueur, la dichotomie vivant-mort d'une lourdeur accablante. Le différend artistique avec Danny Elfman ne fait que renforcer le malaise. Les années passent, et un Burton étant quoi qu'il arrive un événement, l'annonce d'un film où sévit une espèce de Jack L'éventreur dans un Londres lugubre, ranime le coeur d'aficionados irrémédiablement circonspects. Ce sera Sweeney Todd.
Noir c'est noir, disait la chanson. Et c'est peu dire qu'elle sied comme un gant à ce métrage composé essentiellement de trois couleurs, dont deux n'en sont pas : le noir et le blanc, tel que Burton les avait imaginés pour Les Noces Funèbres, et le rouge, venant à plusieurs reprises déchirer le rideau de tristesse qui enveloppe le film. Formellement, une fois n'est pas coutume, c'est ces dégradés clairs-obscurs, cette chappe de plomb sans couleur, sans âme, qui recouvre la capitale anglaise, rappelle les plus sombres, les plus désespérés poèmes de Baudelaire, qui sont aussi les plus beaux.
Dans le même esprit que l'auteur Fleurs du Mal, Burton dépeint son personnage principal comme un mort-vivant, venu tirer les vivants par les pieds pour les entraîner dans sa ronde de mort. En rendant un hommage impressionnant au Nosferatu de Murnau dès la séquence d'ouverture (le bateau crevant la brume sur la Tamise), il fait de son Benjamin Barker, désormais Sweeney Todd, un Vlade Drakul avec qui il partage la perte de l'être adoré, lui conférant une aura romantique certaine. L'amour, un peu bête (ce que l'on perçoit dans les visages béats et naïfs des parents dans les flashbacks), mais désormais la haine, la soif de vengeance contre l'espèce humaine à laquelle il ne peut peut-veut plus appartenir : toujours dans cette première séquence, un jeune marin, qui aurait pu être Barker avant le drame, chante sa joie d'arriver en Angleterre par un "this is London" dont le côté sirupeux ne peut nous échapper. Si elle vous a échappé, impossible de la rater quand Sweeney Todd fait une entrée d'une violence subtile mais puissante bord cadre droit, pour reprendre le "this is London" avec une ironie haineuse qui pose le personnage, et assoit la dualité d'un film - et de personnages - tiraillé entre le romantisme hugolien et la noirceur baudelairienne.
Inutile de dire que Johnny Depp, l'alter-ego de Burton depuis toujours, trouve là un de ses meilleurs rôles, dans la composition d'un "fantôme du passé" en quête d'une identité familiale. Si la première partie peut sembler moins intéressante du point de vue de la progression d'une intrigue somme toute fine comme une feuille à cigarette, c'est parce que Burton a choisi de brosser une galerie de portraits, et si le film tâtonne, il ne fait qu'embrasser les errements de Todd dans les ruelles des bas-quartiers à la recherche de son Moi, qu'il trouvera par l'entremise de ses rasoirs (ligne de dialogue on ne peut plus claire). Dans cette même scène, Feu Barker incite Mrs Lovett à l'appeler "désormais" Sweeney Todd, afin de marquer un nouveau départ.
Et nous voilà partis pour une deuxième partie percluse de gore, ce à quoi ne nous avait pas habitué le réalisateur d'Ed Wood, mais paradoxalement ne génère pas un intérêt massif, comme si de reprendre -ou de commencer - le fil de l'histoire nous avait montré ses propres limites. La bluette entre le mousse et la jeune fille, bien que dans l'esprit de l'Opéra, semble servir de rouage scénaristique, les tueries de Todd de musique d'attente jusqu'à ce que le juge Turpin daigne revenir chez le barbier. On piétine sec, mais le principal reste sauf : Burton continue son exploration de l'âme pourrie de Todd en en faisant un véritable monstre prêt à tuer femme et enfant pour assouvir sa vengeance. Il n'est pas question de pulsions, mais bien de préméditation dans une mécanique apparemment sans faille, où Todd fait lui-même office de robot (la répétition sans sentiment visible de ses gestes vont dans ce sens) : perte complète de son humanité à partir du moment où il transforme l'Homme en viande. En leur enlevant cette dimension, il se vide lui-même de son humanité.
Face à lui, Mrs Lovett (Helena Bonham-Carter, Madame Burton)lui offre sur un plateau une échappatoire, la possibilité de recommencer le bonheur passé, mais à travers une séquence onirique pleine de couleurs, Tim Burton rend impossible cette liaison, son personnage appartenant définitivement au passé, toujours en noir et blanc quand Mrs Lovett lui offre dans ses rêves d'avenir un monde bleu et jaune. De quoi renforcer le romantisme désespérant et désespéré de Sweeney Todd, incapable de reconnaître le bonheur quand il se présente face à lui, incapable de contenir sa haine contre le monde face à sa propre fille, sa propre femme. A tout jamais, il est l'auteur de son malheur, inscrit dans la pierre comme Quasimodo et Esmeralda dans la poussière dans les première pages du chef-d'oeuvre de Victor Hugo, ce à quoi Burton rend également hommage à travers un plan final qui restera pour longtemps dans les mémoires.
Sweeney Todd est un film d'une noirceur abyssale, rarement à l'oeuvre chez Tim Burton. C'est un véritable cauchemar, comme si son auteur avait voulu consigner sa peur de perdre ce qu'il a de plus cher aujourd'hui : une famille, comme s'il voulait la protéger d'un monde déliquescent, vicieux, lâche et cruel. Contre les hommes, Burton envoie un ange exterminateur revenu d'entre les morts pour se venger, oubliant au passage de faire revivre un passé pas si passé que cela. Bien sûr, comme souvent chez Burton, l'émotion n'y est pas, du moins pas dans le sens où on l'entendrait. On a envie de s'attacher à une histoire, à des personnages, romantiques, mais rien, ou si peu, ne vient. Il faut creuser pour arriver à s'émouvoir de l'histoire de Sweeney Todd. Un grand film cependant.
Critique : Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Stree... - par zzougga  le   - Note 4
Le dernier Tim Burton est une histoire d’amour racontant le retour vengeur d’un honnête homme injustement banni par un notable qui convoitait sa femme. Magnifiquement mis en scène, le film éblouit tant il est formellement maîtrisé avec son travail sur la couleur et sa texture expressionniste. L’alternance du chant lyrique et du dialogue classique lui donne une allure de comédie musicale pleine de poésie. Seulement, le fond n’est pas du même acabit. Incroyablement linéaire, le scénario fait du sur place et manque globalement de piment. On se demande même l’utilité de l’intrigue secondaire centrée sur un moussaillon et la fille du barbier. On attendait plus de finesse et de cohérence de la part du créateur qu’est Tim Burton. Son film finit par être rasoir quand il enchaîne les geysers de sang en attendant que le méchant Alan Rickman veuille bien venir s’asseoir à la place qui lui sera fatale. Heureusement, le duo ténébreux formé par Johnny Depp et Helena Bonham Carter assure à l’écran. Il apporte toute sa profondeur à un film où l’émotion ne surgit qu’au plan final. Une image inoubliable pensée comme une toile de maître et qui reste longtemps à l’esprit…
Critique : Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Stree... - par zanzibar  le   - Note 5
De l'époustouflant générique du début (avec son «rouge de Palma» sur fond de musique presque wagnérienne) à la scène finale, ce film est un pur chef d'oeuvre. Des mélodies complexes aux savoureuses paroles, des acteurs au sommet de leur art et une esthétique à couper le souffle, cette tragédie musicale est tellement riche qu'il semble presque inconvenant d'essayer d'en parler après un seul visionnage. Car la douleur et la soif de vengeance de Benjamin Barker ne se limite pas à une apothéose macabre ni à une fin tragique, non, c'est bien plus que ça. Johnny Depp et Helena Bonham Carter véhiculent avec autant d'humour que de sérieux toute la théatralité de leurs personnages et se fondent avec délice dans les décors sublimes que seule l'imagination burtonienne pouvait ainsi concevoir. Du très grand divertissement. Du très grand cinéma.
Critique : Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Stree... - par febu  le   - Note 5
Encore une réussite signé Tim Burton ! Etant interdit aux moins de douze ans, je ne m'attendais pas à y trouver tant de giclée de sang, car en effet, lors des blessures infligées par le héros, aucun détail ne manque, on voit très clairement la gorge de chacune de ses victimes se faire lacérer, ce qui laisse place à une fontaine humaine. De plus, on voit très clairement que le spectateur est mis dans l'ambiance lugubre, presque ténébreuse du film avec un ciel sombre et des rues peu, ou pas du tout éclairées. On a la chance de retrouver pas mal de personnages connus comme Johnny Depp ou encore Severus Rogue de Harry Potter incarné par Allan Rickman. En plus de tout ça, c'est admirable de regarder un film où joue Depp tellement ses mimiques, son attitude, ses mouvements sont parfaitements réalisés, et c'est un talent rare qu'il possède. En tout cas pour moi ce film est une grande réussite car on est assez vite plongé dans cet univers malveillant et inquiétant. Je le conseille vraiment beaucoup.
Critique : Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Stree... - par Rob  le   - Note 4
Tim Burton est de retour, alleluia. S'il demeure dans Sweeney Todd quelques symptômes de sa sale période (entre La planète des singes et Charlie et la chocolaterie), le prince des ténèbres est à nouveaux aux fourneaux, et c'est forcément une bonne nouvelle. Évacuons d'entrée les quelques défauts patents du film, qui finissent tous par se faire oublier derrière la réussite générale. Ces réserves concernent essentiellement le début du film, un peu mou, pas très folichon, mais qui mérite qu'on s'y accroche pour mieux savourer la suite. Il y a tout d'abord quelques chansons un peu ratées, au rythme d'une bizarrerie sans doute volontaire, mais qui frappent violemment le tympan par une absence totale de mélodie. Les interprètes n'étant pas des chanteurs professionnels, la musicalité de l'ensemble (merde, on se croirait à la Star Ac) n'est pas des plus évidentes. Ces balbutiements correspondent étrangement (ou pas) au temps que met Burton à se repérer dans Fleet Street et à régler sa mise en scène. Agitée et ordinaire au départ, elle deviendra plus burtonienne ensuite. Enfin, le pan sentimentalo-sentimental de l'intrigue a de quoi exaspérer par sa mièvrerie ambiante. En résumé, on se serait bien passé de cette grosse demi-heure d'exposition, qui prend un temps fou à introduire des personnages et situations pourtant simplissimes. Heureusement, le reste n'est que délice. Une fois dans le vif du sujet (des meurtres, des tourtes, des chansons), la machinerie Sweeney Todd se met en place et emporte tout sur son passage. Évidemment interprété par Johnny Depp, le héros effectue une parfaite synthèse de tous les personnages précédemment incarnés par l'acteur chez Burton. L'innocence en moins. Bien qu'habité par des motivations compréhensibles et humaines (même si peu louables), ce barbier-là est un monstre, un vrai, qui semble prendre davantage de plaisir à trancher des gorges qu'à progresser dans sa quête de vengeance. Burton donne à Todd ainsi qu'à sa mise en scène une noirceur simplement teintée de blanc et de rouge, sans effet supplémentaire. Résultat : on est fasciné et un peu effrayé par ce semeur de mort, avec lequel s'établit une drôle de proximité. L'adhésion est alors totale : les nombreux passages musicaux prennent de l'ampleur et transcendent ce beau spectacle s'inscrivant dans la continuité des oeuvres majeures du Burton que l'on a tous aimé. Mieux, le cinéaste semble avoir perdu cette obsession du «100% contrôle» qui assurait la perfection plastique de ses films mais en dénaturait la dimension humaine. Sweeney Todd a de quoi réunir tous les fans du monsieur, sauf les musico-allergiques : on y chante plus qu'on n'y parle, et cela peut légitimement donner quelques boutons. Force est de constater en tout cas que l'actuel monsieur Bonham Carter est encore plein de ressources et qu'on l'avait sans doute enterré un peu trop tôt.
 
 
 

Les critiques presse

 
par Antoine Thirion
(...) "Sweeney Todd" chemine vers les plus petits espaces et s'éteint dans une fin magnifique, qui suffit à rattraper toutes les lourdeurs et à assurer la promesse d'un monde à nouveau consistant (...)
par Louis Guichard
(...) l'une des choses les plus ahurissantes qu'on ait vues sortir de Hollywood depuis longtemps.
par Axelle Ropert
(...) un grand film cinglant fait de chants et de sang.
par Jean-Luc Douin
Ce musical gore tire en partie sa splendeur visuelle de la variété des tons macabres, une dominante de noirs évocatrice du cinéma muet, où le rouge du sang qui gicle comme au grand guignol stylise les images d'horreur (...)
par Jean Roy
Le maître de l'horreur gothique revient avec un film musical moyennement convaincant.
par Alain Grasset
Son propos sur l'oppression des pauvres se révèle aussi ennuyeux que la mise en scène est spectaculaire. Johnny Depp et Helena Bonham-Carter s'époumonent sans émouvoir.
par Didier Péron
Tim Burton n'avait probablement jamais été aussi loin dans la violence misanthrope. En offrant le rôle à Depp (...), il oblige le spectateur à s'identifier à une figure complexe : un homme qui, quels que soient ses actes, n'est jamais disqualifié.
 
 

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