Critique : It's a free world... - par Rob
le
- Note 3
Un an et demi après sa Palme d'Or, Ken Loach poursuit son exploration sans fin des mille et une facettes de l'identité sociale du Royaume-Uni. L'originalité d'It's a free world... réside dans le point de vue adopté : Loach et son fidèle scénariste Paul Laverty se placent cette fois du côté des exploiteurs. Ou plutôt des exploiteuses : parce qu'elles ont soif de fric et d'indépendance, Angie et Rose créent leur agence d'interim et exploitent à leur profit des travailleurs immigrés sans défense.
Tout est dit : It's a free world..., c'est la description binaire de la façon de faire de vilains dirigeants obnubilés par les bénéfices. Et l'on réalise à quel point c'était bien lorsque le réalisateur décrivait avec nuance les galères des britishs d'en bas... Il est impossible de réellement prendre au sérieux le traitement manichéen et démagogique qui nous est offert. Le film ressemble à l'oeuvre de certains de ces militants d'extrême gauche pour qui tout ce qui ne ressemble pas de près à un ouvrier est forcément une pourriture de saloperie de patron friqué. Assez désolant de la part d'un auteur qui avait toujours su allier sincérité et mesure. Les rebondissements de fin de film sont extrêmement prévisibles, hormis un que l'on qualifiera gentiment d'innoportun.
Reste que même un mauvais Loach vaut mieux que bien des ersatz. Reconnaissable entre mille, cette mise en scène fluide, discrète et vraiment esthétique est un régal de tous les instants. Et le vieux Ken a toujours autant de talent pour dénicher des comédiens méconnus et en tirer le meilleur : en témoigne la fabuleuse Kierston Wareing, belle et charismatique, qui défend à merveille un personnage mal dessiné. Il y avait beaucoup de potentiel dans ce petit bout de femme prête à tout pour réussir, y compris à jouer de ses charmes. Malheureusement, Loach en fait une salope intégrale (il n'y a pas d'autre mot), qui couche avec les premiers venus et planque ses liasses de billets dans un bas de laine plutôt que de donner de quoi manger à ceux qu'elle exploite. En des temps où l'Europe (et en particulier notre cher hexagone) manque d'une gauche forte, crédible, avec de vraies choses à dire et à proposer, espérons que Loach ne va pas lui aussi sombrer dans le schématisme et les arguments de café du commerce.
Critique : It's a free world... - par bobrat
le
- Note 4
Le nouveau Ken Loach est arrivé et il ne m’a pas déçue. Portrait juste et effarant des dérives de nos sociétés, il montre comment une fille normale, ni sainte ni diabolique, ayant la rage au ventre, va finir par exploiter des travailleurs clandestins. Pour la première fois me semble-t-il, Ken Loach se situe du côté des «exploitants» tout en sachant que Angie est elle-même une victime… pas de jugement à l’emporte-pièce, un portrait nuancé de l’héroine, un constat accablant… un film très intéressant à voir et méditer.
Critique : It's a free world... - par zanzibar
le
- Note 4
Après sa précédente chronique historique, Ken Loach revient à la chronique sociale. Et de ce côté là, rien de nouveau : l'asservissement, la misère, l'appat du gain, la déloyauté, etc... Présentée comme une victime du système, Angie (Kierston Wareing) devient vite un personnage pour le moins ambivalent qui, au nom de l'avenir de son fils, va utiliser tous les plus laids rouages du système libéral pour s'enrichir au dépens de plus faibles qu'elle. Pourtant, parfois, Angie a un coeur : elle est soudain prise de compassion et tente d'aider une famille en grande détresse. Parfois, elle semble même être amoureuse... Mais bien vite, elle trahit les premiers et profite du second. Et le fait qu'elle trouve toujours une justification à ses actes la rend particulièrement odieuse... A la suite de certains évènements, le spectateur est porté à croire qu'elle a compris que ces méthodes inacceptables ne servait pas son objectif (un plus grand confort, l'éducation de son enfant). Mais c'est sans compter sur le pessimisme de Ken Loach qui nous propose une fin des plus inquiétantes...
(...) Certes, le discours n'est pas exactement une révélation, mais Loach a le bon goût de ne jamais verser dans la caricature et a surtout trouvé en Kierston Wareing une actrice principale formidable de justesse et de charme.
Ce n'est sans doute pas le plus grand film de Ken Loach (...) Mais on sent, plus que d'habitude encore, la lucidité du cinéaste face à ce que menace de devenir son pays. Et nos sociétés, en général.
Il y a quelque chose d'implacable, et de désespérant, dans ce constat d'une exploitation des pauvres par les pauvres (...) Du côté des prolétaires, Ken Loach ne juge pas Angie, il juge le système qui réveille son égoïsme, lui donne des alibis pour commett
Loach est loin de s'enliser dans un système et semble au contraire soucieux de s'accorder le plus justement possible aux discordances du monde, quitte à bousculer ses propres repères (...).
Qu'une charge anticapitalistique dévie Ken Loach de son autoroute pour lui faire emprunter des traverses renoiriennes : c'est un paradoxe, mais qu'il faut saluer.
Une fois de plus, Ken Loach frappe très fort (...) [Un] film poignant, porté par l'interprétation magnifique de l'actrice principale (Kierston Wareing).
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