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Mais, mais, mais qu'est-ce donc que ce film signé Banksy, un des plus célèbres et influents acteurs du street art contemporain? Une fiction? Un documentaire? Une mascarade absolue ou un coup de génie d'une ambition et d'une intelligence rares? En tout cas, l'OFNI qu'est Faites le mur! est notre vrai grand coup de coeur de cette fin d'année...
Reportage, supercherie, hoax, vrai-faux docu? Jamais le film ne dévoile ce qu'il est vraiment et ses véritables intentions. Et c'est juste passionnant en tant qu'objet cinématographique, exploration interne du monde très secret du street art, dénonciation aussi de la folie inflationniste des collectionneurs et autres salles de ventes qui créent des artistes sans véritable background. Le constat que dresse l'artiste anglais sur les dérives du street art en particulier et de l'art contemporain en général n'est pas des plus réjouissants et à l'image de notre époque un peu folle: basée sur la création de fausses idoles interchangeables et d'œuvres vides de sens, puisant dans l'existant pour un recyclage facile à portée purement mercantile.
Le film suit les aventures d'un pur personnage de cinéma, tellement too much qu'on doute même que quiconque ait pu l'inventer et surtout l'interpréter. Thierry Guetta est un français installé à Los Angeles, au look improbable (superbes bacchantes) et qui un jour décide de filmer toute sa vie. Il va par hasard rentrer dans le monde du street art en suivant son cousin, le fameux Space Invaders (les mosaïques collées sur les murs représentant les extra-terrestres pixelisés tirés d'un des premiers jeux vidéos de l'histoire). La première moitié du film est constituée des rushs de cet original monomaniaque qui après plusieurs années et des dizaines et des dizaines de cassettes de rush tentent de faire un montage de ces pérégrinations à travers cet univers particulier et codifié. Le résultat est aussi édifiant qu'aberrant, une succession d'images sans queue ni tête, drôlement pathétique. Banksy accepte alors de l'aider et de mettre un peu d'ordre et de cohérence dans ce reportage...
Mal lui en prend car, de fil en aiguille, Thierry Guetta se découvre une âme d'artiste au point d'en devenir un au nom providentiel, Mr. Brainwash... Un nom parfaitement adapté pour cet excentrique qui se prend soudain pour une rock star du marché de l'art, avec caprices de diva, incompétence notoire et opportunisme carriériste inimaginable. Les plus folles théories ont d'ailleurs circulé sur ce personnage hors norme – notamment celle affirmant que Thierry Guetta ne serait autre que Banksy, un artiste dont personne n'a jamais vu le vrai visage! Et ce n'est pas une rapide recherche Google ou un tour sur Wikipedia qui va vous aider à démêler le vrai du faux tant les sources de cette supercherie manifeste – peut-on réellement croire qu'il s'agit d'autre chose qu'un immense canular? - semblent avoir été plus qu'habilement fabriquées et/ou trafiquées. Peu importe après tout et ce mélange des genres donne naissance au film sans doute le plus drôle, le plus vivifiant et le plus surprenant de l'année, rien que ça!
Inutile d'en révéler plus, il vous faut courir voir ce film dans les bonnes salles qui auront le culot de programmer ce mockumentary gonflé, passionnant et hilarant. En un mot: jubilatoire! Alors, n'attendez plus, exit through the gift shop (le titre original du film qui bénéficie – une fois n'est pas coutume - d'une excellente adaptation en français) et faites le mur!
Emmanuel Pujol