Entre un titre français ridicule (en version originale, le film s’appelle Easy Virtue qui peut se traduire par Petite Vertu) et une affiche affreuse aux couleurs criardes, le distributeur hexagonal a fait très fort pour ne PAS donner envie au spectateur lambda d’aller découvrir ce film qui vaut tout de même mieux que sa promo.
Cette comédie de mœurs assez féroce est l’adaptation d’une des premières pièces de
Noel Coward. Déjà adapté du temps du muet (en 1928) par Sir
Alfred Hitchcock himself,
Un mariage de rêve marque le renouveau des mythiques studios Ealing, rois de la comédie made in UK dans les années 40 et 50 (on leur doit notamment
Tueurs de Dames dont les frères Coen ont réalisé un remake). Avoir confié la réalisation à l’éclectique et exubérant australien
Stephen Elliot (
Priscilla, folle du désert il y a 16 ans et depuis, plus grand-chose) est une bonne idée : cela permet au film de ne pas trop sentir la naphtaline et d’éviter en grande partie le côté figé du théâtre filmé. Autre point positif du film, son casting et surtout celui du couple très mal assorti de « châtelains » – une
Kristin Scott-Thomas parfaite sur son quant-à-soi et un
Colin Firth au détachement et au cynisme ravageurs. Plus étrange est le choix de
Ben Barnes (le prince Caspian dans le monde de Narnia) bien falot et trop jeune face à une
Jessica Biel, mangeuse d’homme, championne de course automobile, belle et rebelle mais étrangement teinte en blonde (certes, ça fait très années ’30 mais ça ne lui va pas bien au teint !)
Pour le reste, les dialogues se veulent mordants et acides, le jugement sévère sur les conventions sociales empesées et ampoulées, la charge féroce contre l’époque victorienne et une noblesse provinciale décadente et vivant au-dessus de ses moyens. La reconstitution de l’époque est certes parfaite, la bande-son rétro réjouissante et les répliques souvent assassines et drôles (ce qui contrebalance des gags nettement plus lourdauds, notamment celui du chien), on ne peut s’empêcher par moment d’éprouver un sentiment d’ennui sans doute du à un manque d’originalité du propos et de son traitement. Et même si le dénouement ne surprend guère, il a la réjouissance de l’amoralité et conclu habilement le film sur un ultime pied de nez…
En résumé, ce mariage de rêve entre un jeune anglais aristo fin-de-race et une américaine à la petite vertu vaut surtout par le mordant de ses dialogues (merci M. Coward) et sa peinture d’une époque que pour son côté comédie romantique avec l’antagonisme vu et revu entre l’épouse et la belle-mère. Malgré un rythme hésitant (entre trépidant et lénifiant selon les scènes), le film reste un divertissement de qualité qui se laisse suivre sans déplaisir.
Emmanuel Pujol