Le nouvel opus des frères
Coen arrive en salles moins d’un après le succès de leur film référence résumant à lui tout seul toutes les étapes incontournables de leur filmographie, le multi-oscarisé
No Country for Old Men. L’attente était donc forte, tout comme le risque d’être déçu. Pour atténuer ce dernier, les deux frangins ont choisi de changer complètement de registre et de retourner à un genre qu’ils ont déjà abordé avec bonheur, la comédie. Cerise sur le gâteau, ils se sont entourés d’un casting flamboyant, de
Brad Pitt -méconnaissable en coach sportif mono neuronale et à l’improbable chevelure partiellement peroxydée - à
John Malkovich – dépressif, alcoolique, cocu, un vrai rôle dépréciatif- en passant par
Richard « The Visitor » Jenkins. Tous semblent particulièrement heureux de pouvoir se lâcher sans limite dans des rôles caricaturaux à souhait écrits spécialement pour chacun d’entre eux par le couple de réalisateurs définitivement le plus déjanté du cinéma indépendant américain.
Pour une fois, le scénario totalement secondaire et qui voit se télescoper par le plus improbable des hasards deux mondes aux antipodes l’un de l’autre (celui des agences américaines d’espionnage et celui des clubs de fitness) n’est qu’un prétexte à accumuler les scènes plus absurdes et cruelles les unes que les autres. Comme à intervalles réguliers dans la carrière des Coen, les personnages sont tous complètement débiles, à côté de la plaque ou ringard à souhait. George Clooney clôt d’ailleurs avec ce film une sorte de « trilogie du crétin » après O’Brother et Intolérable Cruauté. Il n’est pas le seul fidèle acteur des frères Coen au générique puisqu’on retrouve Frances McDormand en employée de club de gym qui ne rêve que de chirurgie esthétique et qui a tout appris de Lorie en ce qui concerne la positive attitude.

Bien sur, la démarche est telle que tout cela est un peu vain, le pied de nez final est à la limite du foutage de gueule (une vraie tempête dans un verre d’eau, toute cette histoire) comme si les deux frères n’avaient pas su comment conclure efficacement cette affaire d’espionnage sans queue (quoique…) ni tête. Pourtant, on s’amuse diablement grâce à une science du rythme, une finesse d’écriture (même si les dialogues manquent cruellement de répliques cultes) et un cynisme réjouissant (les névroses des antihéros quarantenaires – solitude, mise au placard, jalousie, adultère, obsession du culte physique, … - font à la réflexion assez froid dans le dos). Le film ne manque pas non plus de sous-entendus ironiques sur l’inefficacité des services de renseignement américain et l’atmosphère de complot permanent régnant et de paranoïa semblant régner à Washington.« Forget after viewing » pourrait très bien être le sous-titre de ce film léger et drôle mais totalement anecdotique. Il n’empêche que les frères
Coen, même en roue libre, même paresseux, proposent une comédie bien supérieure à la moyenne des productions ricaines lambda.
Emmanuel Pujol